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Expatriation et migration

Deuil migratoire : ce que l’on perd en émigrant et comment le traverser

Par Gonzalo Garzo, psychologue clinicien · octobre 24, 2026

Ilustración del duelo migratorio: una persona en un puente entre su casa de origen y una nueva ciudad

Quand tu pars vivre dans un autre pays, tu gagnes beaucoup de choses. Mais tu en perds aussi : la proximité de tes proches, ta langue de tous les jours, les odeurs de ton quartier, ta place dans le monde. Ce mélange d’enthousiasme et de perte a un nom : le deuil migratoire.

J’ai émigré plusieurs fois et je l’ai vécu moi-même. Dans cet article, je t’explique ce que c’est, pourquoi il est si particulier et ce que tu peux faire pour le traverser sans rester bloqué.

Qu’est-ce que le deuil migratoire ?

Le deuil est le processus naturel par lequel on se réorganise intérieurement après une perte importante. Quand tu émigres, tu ne perds pas une personne, mais beaucoup de choses à la fois : des liens, des habitudes, un statut, des paysages. Le deuil migratoire, c’est le travail psychologique qui consiste à intégrer toutes ces pertes pendant que tu construis une nouvelle vie.

Le psychiatre Joseba Achotegui, qui étudie depuis des décennies la santé mentale des personnes migrantes, rappelle que ce n’est pas une maladie. C’est une réaction normale, et la plupart des gens le traversent avec le temps. C’est seulement dans des conditions extrêmes qu’il peut devenir plus grave, comme dans le syndrome d’Ulysse.

Pourquoi le deuil migratoire est différent

Selon Achotegui, le deuil migratoire a des traits qui le distinguent des autres deuils :

  • Il est partiel. Ton pays ne disparaît pas : il est toujours là, tu peux appeler, y retourner en visite. Ce n’est pas une perte définitive, et c’est ce qui le rend plus ambigu.
  • Il revient. Chaque appel, chaque voyage, chaque nouvelle de là-bas le réactive. Tu peux avoir l’impression que « c’était réglé », puis que tout revient d’un coup.
  • Il est multiple. Tu ne perds pas une seule chose, mais plusieurs à la fois : famille et amis, langue, culture, terre, statut social, groupe d’appartenance et, parfois, sécurité physique.
  • Il touche l’enfance. La langue, la cuisine ou les paysages s’impriment dès les premières années de la vie. C’est pourquoi ils font mal si profondément, même quand on émigre adulte.
  • Il change ton identité. Celui qui émigre se transforme. Avec le temps, on n’est plus tout à fait d’ici, ni tout à fait de là-bas.
  • Il est ambivalent. Tu peux ressentir à la fois de l’amour et de la colère, envers ton pays d’origine comme envers ton pays d’accueil. C’est normal.
  • Il touche aussi ceux qui restent. Ta famille vit, elle aussi, son propre deuil de ton départ.
  • Rentrer est une autre migration. Celui qui revient n’est plus la même personne que celle qui est partie, et son pays a changé lui aussi. C’est pourquoi le retour peut faire mal, lui aussi.

Les signes que tu vis un deuil migratoire

Il n’y a pas de calendrier fixe : le deuil avance, s’arrête, revient. Voici quelques signes fréquents :

  • Une nostalgie intense, surtout aux dates importantes (Noël, anniversaires, fêtes de ta ville ou de ton village).
  • De la tristesse ou des larmes sans raison précise, parfois après avoir parlé avec ta famille.
  • De la fatigue, de l’irritabilité ou des difficultés à dormir.
  • Idéaliser ton pays et ne voir que le négatif du nouveau, ou l’inverse.
  • Te sentir « entre deux eaux » : étranger ici, et de plus en plus étranger là-bas.
  • De la culpabilité d’être parti, ou de ne pas être là quand ta famille a besoin de toi.

Ressentir tout cela ne veut pas dire que quelque chose ne va pas chez toi. Cela veut dire que ce que tu as laissé compte pour toi.

Deuil simple, compliqué ou extrême

Achotegui distingue trois façons de vivre le deuil migratoire, selon les conditions dans lesquelles on émigre :

Type Conditions Ce qui se passe souvent
Simple Tu émigres avec des papiers, un travail, du soutien et la possibilité de rentrer en visite Il y a de la tristesse et de la nostalgie, mais le deuil se fait avec le temps
Compliqué Il y a des difficultés sérieuses : jeunes enfants ou parents malades au loin, travail précaire C’est plus difficile à traverser ; mieux vaut chercher du soutien
Extrême Solitude forcée, lutte pour survivre, peur, sans possibilité de rentrer Le stress dépasse la capacité d’adaptation : c’est le syndrome d’Ulysse

Si tu as émigré avec des papiers et la possibilité de rentrer, tu vis très probablement un deuil simple ou compliqué, pas extrême. Il peut tout de même peser lourd, et demander de l’aide n’a rien d’exagéré.

Ce que tu peux faire pour traverser ton deuil migratoire

Faire son deuil, ce n’est pas oublier son pays. C’est lui trouver une place en soi pendant qu’on s’enracine dans le nouveau. Quelques pistes :

  • Autorise-toi à ressentir. La nostalgie et la tristesse ne sont pas un échec de ton projet. Essayer de ne pas les ressentir les rend souvent plus lourdes.
  • Nomme tes pertes. Repasse les sept deuils et demande-toi lesquels pèsent le plus. L’écrire aide à mettre de l’ordre dans ce que tu ressens.
  • Garde tes liens, sans vivre uniquement à travers eux. Appelle tes proches, mais prends soin aussi de créer des relations là où tu vis.
  • Garde tes rituels. Ta musique, tes recettes, tes fêtes te donnent de la continuité. Tu peux les partager avec les gens de ton nouveau pays.
  • Apprends la langue à ton rythme. Chaque progrès te rend un peu d’autonomie et d’humour.
  • Prépare les visites et le retour. Rentrer chez soi remue aussi. Le savoir à l’avance aide à le vivre avec moins de surprise.

Quand demander de l’aide

Il vaut mieux parler à un professionnel si la tristesse ou l’anxiété durent des semaines sans s’améliorer, si tu as du mal à travailler ou à dormir, si tu t’isoles de plus en plus ou si tu as l’impression que plus rien n’a de sens.

En thérapie, on travaille avec des approches validées scientifiquement. Les TCC de 3e génération, comme la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et la pleine conscience, t’aident à faire de la place à la nostalgie sans qu’elle te paralyse, et à construire ta vie ici selon ce qui compte vraiment pour toi. Quand des expériences difficiles pèsent encore, l’EMDR peut aussi aider.

Les séances ont lieu en ligne, en français, en espagnol ou en anglais. Parler de ce que tu as laissé dans ta propre langue, avec quelqu’un qui a lui aussi émigré, soulage beaucoup.

Si, à un moment, tu penses à mettre fin à tes jours, appelle les services d’urgence du pays où tu te trouves (112 dans l’Union européenne). En France, tu peux aussi appeler le 3114.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le deuil migratoire ?

Il n’y a pas de durée fixe. Comme c’est un deuil partiel et récurrent, il peut réapparaître des années plus tard, par exemple lors d’une visite ou de la maladie d’un proche. L’important n’est pas qu’il disparaisse, mais qu’il cesse de te bloquer.

Est-ce la même chose que le choc culturel ?

Pas exactement. Le choc culturel, c’est le désarroi face à des habitudes et des codes différents. Le deuil migratoire est plus large : il inclut tout ce que tu perds en partant, y compris la famille, la langue ou le statut.

Est-ce que ça arrive aussi quand on a choisi de partir et que tout va bien ?

Oui. Choisir de partir et être content de sa décision n’empêche pas de regretter ce qu’on a laissé. L’ambivalence fait partie du processus.

Et si je veux rentrer dans mon pays ?

Rentrer est une nouvelle migration. Tu as changé, et ton pays aussi. Le préparer calmement, parfois avec de l’aide, évite bien des surprises.

Puis-je faire une thérapie en ligne depuis n’importe quel pays ?

Oui. La visio permet un travail de qualité et te donne accès à un psychologue dans ta langue, où que tu sois.

On en parle ?

Si tu te reconnais dans cet article, tu n’as pas à traverser ça seul. Le premier contact est gratuit et dure 20 minutes : tu me dis comment tu vas et on voit ensemble comment je peux t’aider.

Premier contact gratuit · Écrire sur WhatsApp

Gonzalo Garzo, psychologue clinicien (ADELI 179307913, Ordre des psychologues de Madrid M-34763), spécialisé dans l’expatriation et les processus d’adaptation.

Sources (en espagnol)

Gonzalo Garzo · Psychologue clinicien (ADELI 179307913, Ordre des psychologues de Madrid M-34763). J’ai vécu dans quatre pays et j’accompagne en ligne, en français, les personnes qui vivent loin de chez elles.

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